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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 10:43

Leibniz et Malebranche, qui étaient contemporains, ont échangé une correspondance philosophique particulièrement passionnante, mais je voudrais ici à la fois les associer et les "séparer" en comparant deux textes significatifs.

 

D'abord ce texte de Leibniz sur son projet de "caractéristique universelle" et de "science générale" :

 

«Quel grand bonheur ce serait, croyez moi, si un tel langage s'était déjà établi il y a cent ans !

Car les arts se seraient développés avec une rapidité miraculeuse et, du fait que les capacités de l'esprit humain auraient été étendues à l'infini, les années seraient devenues des siècles. Ni le téléscope ni le microscope n'ont autant apporté à l'oeil que ce qu'aurait apporté à la pensée cet instrument..... tentons donc, après la découverte d'instruments pour la vue et l'ouïe, de construire pour l'esprit un nouveau téléscope qui ne nous rapprochera pas seulement des étoiles mais des intelligences elles mêmes et qui ne rendra pas seulement visibles la surface des corps mais également les formes intérieures des choses.

Je méditai donc sur mon vieux projet d'un langage ou d'une écriture rationnelle dont l'universalité et la communication entre des nations différentes ne seraient que le moindre des effets. Sa véritable utilité résiderait en ceci qu'il ne reproduirait pas seulement les mots mais aussi les pensées et qu'il parlerait plus à l'entendement qu'aux yeux. Car si nous en disposions sous la forme que je me représente, nous pourrions alors argumenter en métaphysique et en morale de la même façon que nous le faisons en géométrie et en analyse car les caractères donneraient un coup d'arrêt aux pensée par trop vagues et par trop fugaces que nous avons en ces matières; l'imagination ne nous y est en effet d'aucun secours, si ce n'est au moyen de tels caractères.

Voici ce à quoi il faut arriver: que chaque paralogisme ne soit rien d'autre qu'une erreur de calcul et que chaque sophisme, exprimé dans cette sorte de nouvelle écriture, ne soit en vérité rien d'autre qu'un solécisme ou un barbarisme, que l'on puisse corriger aisément par les seules lois de cette grammaire philosophique.

 Alors, il ne sera plus besoin entre deux philosophes de discussions plus longues qu'entre deux mathématiciens, puisqu'il suffira qu'ils saisissent leur plume, qu'ils s'asseyent à leur table de calcul (en faisant appel, s'ils le souhaitent, à un ami) et qu'ils se disent l'un à l'autre : "Calculons !".

J'aurais souhaité pouvoir proposer une sorte de caractéristique universelle dans laquelle toutes les vérités de raison puissent être ramenées à une sorte de calcul. il pourrait s'agir en même temps d'une sorte de langage ou d'écriture universels mais qui seraient infiniment différents de tous ceux que l'on a projetés jusqu'à maintenant. Car en eux les caractères et les mots guideraient d'emblée la raison et les fautes (mises à part les ereurs matérielles) n'y seraient que des erreurs de calcul. Il serait très difficile de constituer ou d'inventer cette langue ou cette caractéristique mais en revanche fort aisé de l'apprendre sans aucun dictionnaire. Elle serait également utile pour évaluer les degrés de probabilité (lorsque nous n'avons pas de données suffisantes pour parvenir à des connaissances certaines) afin de voir également de quoi l'on a besoin pour y remédier. Et cette évaluation représenterait l'un des aspects les plus importants eu égard à l'utilité pratique et à la délibération des actions, lors de laquelle le plus souvent on se trompe plus qu'à moitié en évaluant les probabilités.»

 

 

Malebranche maintenant, extraits des "Entretiens sur la métaphysique et la religion" :

 

http://apodictiquemessianique.over-blog.com/article-malebranche-entretiens-sur-la-metaphysique-et-la-religion-99587984.html

 

 

Ce sont les paroles de Théodore à Ariste au 3 ème entretien , à propos du "monde intelligible" ou "pays de la vérité" qu'il lui propose d'explorer :

 

"distinguez les idées de vos sentiments, mais distinguez les bien...élevez vous toujours au dessus de vous même. Vos modalités ne sont que ténèbres, souvenez vous en; montez plus haut jusqu'à la Raison, et vous verrez la lumière. Faites taire vos sens, votre imagination, et vos passions, et vous entendrez la voix pure de la vérité intérieure, les réponses claires et évidentes de notre Maître commun"

 

Notre Maître commun est le Christ-Logos, la Sagesse du Fils, qui donne à contempler aux âmes particulières capables d'attention les Idées immuables, éternelles et divines.

 

Comment ne pas voir ce qui à la fois réunit et distingue les deux penseurs, Malebranche et Leibniz ?

 

Malebranche est un méditatif, Leibniz un "dialecticien" et un logicien (mais les deux sont bien sûr de formidables philosophes).

 

les deux cherchent un accès à la Vérité "par dessus" les querelles de dogmes et d'autorité.

 

Seulement chez Leibniz, reconnu par les philosophes analytiques comme leur ancêtre, cet accès est médiatisé par le calcul, c'est à dire un système de signes, qui donne les systèmes formels logiques du 20 ème siècle.

 

Chez Malebranche il s'agit seulement de "voir", par une intuition, un sens spirituel, les Idées que donne à voir par grâce le Maître Intérieur de tous les hommes en tant qu'intelligences, le Christ-Logos. 

 

Comment ne pas déceler ici l'origine de tous les "travers" de notre modernité "scientifique", puisque nous sommes assurés que c'est Leibniz qui a "gagné", et que Malebranche est totalement ingoré de nos jours, en tout cas par les scientifiques ?

 

car les systèmes formels de signes s'interposent en quelque sorte comme un "corps étranger", un "écran opaque" entre l'intelligence humaine et la vérité universelle...

 

le résultat en est l'erreur, c'est à dire, comme le dit Lacuria, le Néant, ou encore le Mal, qui baigne toute notre civilisation actuelle !

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Les sept buts du Messianisme, ou paraclétisme, ou christianisme des philosophes, qui est l' union finale de la philosophie, de la science et de la religion

 

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